À l'ombre des oliviers

Qualité de l'interprétation du personnage (RP) Allant de 1 à 5 :
  • 1 : Interprète très mal son personnage, en contradiction avec son alignement, etc...
  • 2 : Interprète assez mal son personnage, (vague omniscience, utilisation d'informations hrp)
  • 3 : Interprète correctement son personnage.
  • 4 : Interprète bien son personnage et le fait évoluer, utilise ses traits, son background, etc...
  • 5 : Interprète très bien son personnage et lui donne une personnalité identifiable qui contribue à en faire un personnage mémorable.
Qualité de jeu en groupe, de 1 à 5 (jeu) :
  • 1 : Ignore ou empêche le groupe de faire évoluer les situations qui sont crées, qu'elles soient utiles au scénario ou non.
  • 2 : Ignorer ou empêche un joueur ou le MJ de faire évoluer les situations qu'il créé.
  • 3 : Joue dans le sens du groupe.
  • 4 : Permet à un autre joueur ou MJ de faire évoluer ou de créer des situations de jeu ensemble.
  • 5 : Permet au groupe de faire évoluer ou de créer des situations de jeu ensemble.
Qualité de forme (qualité) de 1 à 5 :
  • 1 : Fautes de français nombreuses et non respect des conventions d'écriture.
  • 2 : Lecture globalement désagréable ou peu compréhensible.
  • 3 : Qualité correcte.
  • 4 : Bonne qualité d'écriture, inventivité, synthétique ou facilement compréhensible.
  • 5 : Très bonne qualité d'écriture, style propre.
Podness Ragnyss
Podness Ragnyss

Podness raffermi sa prise sur le pelage de Pactol tout en inspirant profondément. Autour de lui, le paysage de Cyrillane s'étendait jusque loin à l'horizon, promesse de quelques jours à l'abri de l'agitation sans fin des villes. Le gnome n'était pas peu fier de sa position, sur le dos du grand chien qu'il avait baptisé quelques semaines plus tôt. Son dressage n'avait pas été de tout repos, mais le résultat en valait la chandelle.

Ces quelques jours à Driskos, quelle aventure mes aïeux !

Comme lorsqu'ils avaient quitté le domaine des Bracque-Croiset suite à l'enlèvement du jeune Timothéos, le petit groupe venait de prendre congé d'Agapios et de ses parents, guidé par l'instinct de Kayla.
Le magicien en herbe mettaient d'ailleurs de plus en plus en doute cet Instinct. L'honnêteté de la melessë n'était certainement pas en cause ! Mais l'absence de toute trace du jeune homme tant recherché faisait tourner ses méninges.

La fine équipe en avait découvert de biens belles sur cette famille ducale. De quoi arranger les affaires de dame Irène, à n'en pas douter. Mais rien qui les aida à trouver Tim ! Etait-il seulement encore vivant ?
Le bilan n'était pas négatif au demeurant, loin de là. Ils avaient aidé un jeune homme totalement perdu à reprendre confiance en lui et à envisager de prendre son destin en main, quel que soit la route qu'il choisirait. Lui même avait bien progressé dans l'apprentissage du Cyrillan, sa compréhension au moins étant presque parfaite et surtout, il avait apprit à Pactol à lui servir de monture !

Concernant ses recherches sur les instincts de la barde, en collaboration avec Lyvin, c'était un échec. Il n'avait pas encore les connaissances suffisante pour en être totalement sûr, mais leur étude ne révélait aucune trace d'un enchantement ou d'une influence magique extérieure comme il l'avait cru. Si Kayla avait été hypnotisée, elle n'en montrait aucun signe non plus.

Comment expliquer ce phénomène si... brutal, sinon ? continuait-il de penser sur la route du Sud.

Podness ne lâcherait rien, pas tant qu'il n'aurait pas trouvé une explication rationnelle, magique ou non, pour la boussole Kayla ! En attendant, s'ils pouvaient retrouver Tim, ou ne seraient-ce qu'une piste sur les disparitions dans la région... le gnome se sentirait moins frustré !

Edition 10/03/2021 22h10 par FroloX
10/03/2021 08h20
Kayla Fal'San'In
Kayla Fal'San'In

Le chemin vers Pëllumbas était morne. Aussi fort l'aurait-elle souhaité que Kayla n'aurait probablement pas pu élever le moral de leur petite troupe et, dans un premier temps, elle n'en avait même pas eu envie. Depuis qu'ils avaient envoyé leur rapport à Irène, elle était d'une humeur massacrante. Entre les cauchemars, les inquiétudes, les voix et la méfiance croissante qui s'insinuait dans son esprit, la melessë n'avait pas affiché les aspects les plus charmants de sa personnalité. Si elle n'était pas ouvertement agressive, elle s'était montrée boudeuse et peu loquace, dans un premier temps et tout particulièrement envers Brindja et Sallavïn. Ce n'est qu'au bout de quelques jours que la barde recommença à chanter sans s'éloigner des trois êtres elfiques, peut-être aussi à cause des rumeurs, de plus en plus nombreuse, de disparitions qui inquiétaient le groupe. Kayla avait du mal à ne pas manifester davantage sa frustration de ne pouvoir rien faire de plus. Il était assez évident, au moins pour Podness, avec qui elle parlait plus ouvertement, qu'elle avait cessé d'exprimer franchement son opinion à leurs trois autres compagnons. Pour eux, elle se contentait d'être une boussole et une musicienne.

La monotonie de leur périple fut rompue par une irruption hirsute et inopinée, dans une auberge au bord du chemin. Il fallut plusieurs longues secondes pour que Kayla reconnaisse la voix, puis le visage de la femme qui avait appelé à l'aide, puis avait foncé sur eux, sur Podness en particulier. La peintre, c'était la peintre qui se trouvait avec eux à Antykira ! Aussitôt, la melessë s'était levée pour inviter la demoiselle à s'asseoir avec eux, puis avait entonné un chant pour nettoyer et réparer les loques qu'étaient devenus les vêtements de la jeune femme. La pauvre était dans un tel état... Frantziska, le nom lui était familier... N'était-ce pas la paladine qui avait battu Sallavïn durant le tournoi de la duchesse ? D'un geste et d'une voix claire, elle demanda un plat chaud et de l'eau pour leur invitée paniquée, puis s'asseyant à ses côtés, elle reprit avec douceur :

- Reprenez votre souffle, nous vous écoutons, que s'est-il passé ?
___________________________________________________

Son visage était lasse, ses yeux rougis de fatigue et son dos fourbu. Leur empressement à agir et les efforts de la jeune peintre n'avaient pas suffit. Les voilà donc, une fois de plus à jouer les Cassandre auprès d'un duc méfiant à la tête d'un territoire qui ne se relevait pas vraiment encore de la guerre, laissant habitants et nobles terrifiés d'en voir une prochaine se profiler dans le lointain.

Elle n'intervint pas, cette fois, attendit que Pod ait traduit parfaitement sa propre frustration et laissa même quelques secondes supplémentaires pour qui aurait bien voulu lui épargner de demander ce qu'on allait encore leur refuser. Mais personne ne lui fit ce plaisir, alors elle avança d'un pas :

- Monseigneur, je vous prie d'excuser l'emportement de mon ami. Ce fut difficile, pour nous, de voir ce convoi nous échapper si près du but... Nous avons le sentiment de poursuivre des mirages depuis des jours.

Elle prit une inspiration et poursuivit :

- Nous venons d'Antykira, où nous avons été l'équipe de précepteurs du jeune Timotheos Bracque-Croiset. Malheureusement il a disparu soudainement et la duchesse nous a envoyé le chercher en dehors de ses terres.

D'un geste, elle fit signe à Sallavïn de remettre la lettre d'Irène au jeune duc.

- La piste que nous suivons nous a mené jusqu'ici, mais nous ne savons toujours pas où il se trouve exactement. Nous espérions que vous puissiez nous aider à mener l'enquête dans votre duché. Avec votre patronage, je suis sûre que nous ne resterons pas ici longtemps.

Un sourire poli éclairait son visage. Si on lui hurlait encore de sortir d'ici, au moins recevrait-elle le message avec élégance.
___________________________________________________

Indubitablement, leur groupe commençait à avoir l’habitude d’être jeté dehors par la noblesse locale. Kayla ne pouvait pas dire que les crocs de la honte ne s’enfonçaient plus dans son égo, mais après avoir été trois fois menacées d’être mise à la porte, elle ne se sentit guère surprise lorsque cela finit par arriver pour de bon. Que cela vint d’un seigneur comme Artemios était, en revanche, plus étrange à ses yeux. Elle aurait cru qu’un duc aussi jeune et issu du petit peuple aurait eu plus de compassion pour les malheurs de ce dernier, mais apparemment non. Une telle réaction laissa la melessë perplexe. Pourquoi refusait-il leur aide ? C’était à n’y rien comprendre et elle sentait la même frustration chez ses compagnons, au moins chez Podness et Sallavïn, sans parler de la peintre… La pauvre était morte d’inquiétude, rongée par le remords d’avoir abandonné sa courageuse compagne. Kayla était néanmoins contente que leur groupe accueille une nouvelle présence féminine et une artiste, qui plus est.

Il ne leur restait plus qu’à mener l’enquête, par leurs propres moyens. S’ils étaient restés relativement statique à Driskos, cette fois, ils bougèrent bien plus ; à la fois pour collecter et recouper différentes informations, mais aussi pour garder les navires à l’œil. Kayla profita de chaque bibliothèque, en compagnie de Podness et Lyvin, pour étudier davantage à ses cauchemars, ses voix, mais également d’autres choses. La musicienne avait quelques idées en tête : elle voulait s’intéresser à Irène, à sa lignée et à son histoire avant la guerre. Plus discrètement, elle essaya aussi d’en apprendre davantage sur chacun de ses compagnons. D’où venaient-ils ? Que faisaient-ils avant leur rencontre ? Pourquoi avoir voulu enseigner à Timotheos ? Qu’espéraient-ils accomplir au travers de cette épopée désespérée au travers d’un pays en ruine, à la recherche du garçon ?

Ce n’étaient pas des questions particulièrement indiscrètes ou étranges et elle n’hésitait pas à répondre si on les lui renvoyait : elle venait d’Ellerìna où elle exerçait en tant que barde, avec son grand-père et où elle assistait parfois sa mère, prêtresse ; elle avait voulu voir du monde et, en chemin, avait eu vent du concours de dame Irène, alors elle y était allée. La suite ils la connaissaient comme elle : des voix, des prémonitions, la sensation de devoir les suivre. Kayla n’essaya même pas de cacher ses « petites particularités » à leur nouvelle allier ; quitte à passer pour une folle, autant ne pas faire dans les cachoteries.

Les petites discussions qu’elle essayait d’avoir avec chacun de ses compagnons avaient deux buts. Elle voulait à la fois mieux connaître les 5 personnes avec qui elle voyageait et aussi comprendre ce que cherchait la duchesse d’Antykira en confiant les recherches de son fils à des quasi inconnus. Pourquoi pas des serviteurs qu’elle connaissait de plus longue date, des personnes familières de l’Histoire du pays, moins maladroits, moins novices ? Cette mission était louche et la méfiance tendait son esprit comme la corde dissonante d’une lyre.

Cela n’était pas aidé par la récurrence de ses cauchemars. Plus ils s’éloignaient de la demeure du duc et plus ils étaient vifs, réels, déchirant ses nuits en fragments tourmentés. Les réveils en larmes et les gémissements nocturnes n’étaient pas rares. Difficiles de savoir ce que pensait les autres, ils avaient l’air inquiet, mais pour différentes raisons. Avec ces songes vinrent d’autres mots en Radichân, l’étrange langue ancienne : « dostavi'mé » et « jas'sum'zatvorenik », « délivre-moi » et « je suis prisonnier ». Dans leurs recherches de linguistique, ils en apprirent plus sur cette civilisation, des légendes et des chansons contant des histoires de dragons des mers, de dieux antiques et oubliés ; d'une femme, aussi, bravant la volonté familiale en refusant de se marier, elle aurait revêtu l'armure en se faisant passer pour un homme et se serait élevée au rang de général ; d'un sorcier puissant, tuant son un dieu pour accéder à l'immortalité ; puis, la plus intéressante : la légende d'un lion doué de parole, qui fut révéré comme une divinité animale, pour le clan sur lequel il veillait. Un sorcier immortel, des dragons (de bronze ?) des mers, une femme guerrière et un lion, comme Irène, descendante draconique, et l’emblème léonin qu’ils portaient au cou.

A propos de cette dernière elle n’apprit pas grand-chose. Seulement son surnom « Irène la terrible » et bien plus sur feu son époux. Un guerrier bon vivant, aimant les objets brillants (il était fait mention d’une bague, en particulier) et respecté de tous, y compris de sa femme, bien qu’il fût la cause de la mort de sa famille, en partie.

Quant à ses compagnons elle apprit les origines de Brindja : ancienne guerrière lunaire ayant fait le vœu d’aider sa communauté elfique en Arolavie, elle voyage désormais, en chasse du Chancre. Pas étonnant qu’elle fût aussi loyale envers sa nouvelle patronne. Malgré l’attitude laconique et peu bavarde du grand fauve roux, ces informations et la transparence de sa compagne aidèrent Kayla à lui pardonner sa rigidité quant aux informations qu’ils avaient transmis à Irène. Sur la peintre, peu de chose : voyageuse, elle venait de la Cité-France qu’elle avait fui pour échapper à un prétendant non-désiré et se consacrer toute entière à son art.

Edition 24/03/2021 23h29 par Elindine
24/03/2021 23h28
Sallavïn Tamrel
Sallavïn Tamrel

Se faire chasser par la noblesse devenait une forme de récompense : la preuve qu'ils savaient garder leur intégrité et ne se courbaient plus en politesses courtisanes. Le poing serré, Sallavïn se garda de tout commentaire quant ils sortirent de l'antichambre de l'incompétence.

Il fit de son mieux pour se montrer utile dans leur errance sur les routes du royaume : guettant la sécurité des routes, cherchant la nourriture où il pouvait, trouvant des chemins supportables pour leurs montures, prêtant Gourmand autant que possible à la peintre qui avait décidé de se joindre à leurs recherche... Chacun faisait son possible mais le melësse savait combien leurs fesses devaient être douloureuses, leurs dos raidis, leurs estomacs mécontents et leur santé fragilisée.
Sachant combien un moral miné peut venir à bout de la meilleure armure, Sallavïn se montra égal à lui même : discutant librement quand on lui demandait, s'enthousiasmant de la cuisson des viandes et souriant chaque fois qu'un rai de lumière marquait la fin d'une averse. Inspirer l'espoir : voilà une mission chevaleresque au milieu d'une équipée en proie à tant de doutes ! La thaumaturgie pouvait venir à bout de n'importe quelle quinte de toux, cheville foulée ou coupure mal soignée et le blondin se chargea de soulager les maux de tous, y compris de leurs montures, soir après soir.

Il essaya également de dénicher des gens prêts à les aider dans leur quête, par la volonté des dieux. Il était difficile de trouver des informations leur donnant une direction fiable, mais au moins... Le peuple avait des choses à dire, dessinant un peu mieux les contours du duché : le décès prématuré d'un père propulsant un duc trop jeune sur une chaise trop large, recouverte de l'ombre d'une mère à l'esprit malade. Et une rumeur de frère, soumis à d'autres maux invisibles...

Une nuit, enfin, ils obtinrent des réponses. Artemios était la digne descendance d'une folle et d'un homme mort étouffé par un grain de raisin ! Sallavïn maîtrisa sa rage du mieux possible, bouillant intérieurement pendant que le merossis leur racontait sa version de la vérité. Est-ce qu'il mentait ? Peut être pas... Il était difficile de prendre du recul dans le feu de l'action, mais le chevalier refusait d'en rester là pour cette nuit.

-Il nous faut des preuves. Nous devons trouver des traces de cet accord pour détrôner Artemios. Et on ne peut pas laisser ce bateau mouiller tranquillement au large.

28/03/2021 11h29
Kayla Fal'San'In
Kayla Fal'San'In

Indubitablement, leur groupe commençait à avoir l’habitude d’être jeté dehors par la noblesse locale. Kayla ne pouvait pas dire que les crocs de la honte ne s’enfonçaient plus dans son égo, mais après avoir été trois fois menacées d’être mise à la porte, elle ne se sentit guère surprise lorsque cela finit par arriver pour de bon. Que cela vint d’un seigneur comme Artemios était, en revanche, plus étrange à ses yeux. Elle aurait cru qu’un duc aussi jeune et issu du petit peuple aurait eu plus de compassion pour les malheurs de ce dernier, mais apparemment non. Une telle réaction laissa la melessë perplexe. Pourquoi refusait-il leur aide ? C’était à n’y rien comprendre et elle sentait la même frustration chez ses compagnons, au moins chez Podness et Sallavïn, sans parler de la peintre… La pauvre était morte d’inquiétude, rongée par le remords d’avoir abandonné sa courageuse compagne. Kayla était néanmoins contente que leur groupe accueille une nouvelle présence féminine et une artiste, qui plus est.

Il ne leur restait plus qu’à mener l’enquête, par leurs propres moyens. S’ils étaient restés relativement statique à Driskos, cette fois, ils bougèrent bien plus ; à la fois pour collecter et recouper différentes informations, mais aussi pour garder les navires à l’œil. Kayla profita de chaque bibliothèque, en compagnie de Podness et Lyvin, pour étudier davantage à ses cauchemars, ses voix, mais également d’autres choses. La musicienne avait quelques idées en tête : elle voulait s’intéresser à Irène, à sa lignée et à son histoire avant la guerre. Plus discrètement, elle essaya aussi d’en apprendre davantage sur chacun de ses compagnons. D’où venaient-ils ? Que faisaient-ils avant leur rencontre ? Pourquoi avoir voulu enseigner à Timotheos ? Qu’espéraient-ils accomplir au travers de cette épopée désespérée au travers d’un pays en ruine, à la recherche du garçon ?

Ce n’étaient pas des questions particulièrement indiscrètes ou étranges et elle n’hésitait pas à répondre si on les lui renvoyait : elle venait d’Ellerìna où elle exerçait en tant que barde, avec son grand-père et où elle assistait parfois sa mère, prêtresse ; elle avait voulu voir du monde et, en chemin, avait eu vent du concours de dame Irène, alors elle y était allée. La suite ils la connaissaient comme elle : des voix, des prémonitions, la sensation de devoir les suivre. Kayla n’essaya même pas de cacher ses « petites particularités » à leur nouvelle allier ; quitte à passer pour une folle, autant ne pas faire dans les cachoteries.

Les petites discussions qu’elle essayait d’avoir avec chacun de ses compagnons avaient deux buts. Elle voulait à la fois mieux connaître les 5 personnes avec qui elle voyageait et aussi comprendre ce que cherchait la duchesse d’Antykira en confiant les recherches de son fils à des quasi inconnus. Pourquoi pas des serviteurs qu’elle connaissait de plus longue date, des personnes familières de l’Histoire du pays, moins maladroits, moins novices ? Cette mission était louche et la méfiance tendait son esprit comme la corde dissonante d’une lyre.

Cela n’était pas aidé par la récurrence de ses cauchemars. Plus ils s’éloignaient de la demeure du duc et plus ils étaient vifs, réels, déchirant ses nuits en fragments tourmentés. Les réveils en larmes et les gémissements nocturnes n’étaient pas rares. Difficiles de savoir ce que pensait les autres, ils avaient l’air inquiet, mais pour différentes raisons. Avec ces songes vinrent d’autres mots en Radichân, l’étrange langue ancienne : « dostavi'mé » et « jas'sum'zatvorenik », « délivre-moi » et « je suis prisonnier ». Dans leurs recherches de linguistique, ils en apprirent plus sur cette civilisation, des légendes et des chansons contant des histoires de dragons des mers, de dieux antiques et oubliés ; d'une femme, aussi, bravant la volonté familiale en refusant de se marier, elle aurait revêtu l'armure en se faisant passer pour un homme et se serait élevée au rang de général ; d'un sorcier puissant, tuant son un dieu pour accéder à l'immortalité ; puis, la plus intéressante : la légende d'un lion doué de parole, qui fut révéré comme une divinité animale, pour le clan sur lequel il veillait. Un sorcier immortel, des dragons (de bronze ?) des mers, une femme guerrière et un lion, comme Irène, descendante draconique, et l’emblème léonin qu’ils portaient au cou.

A propos de cette dernière elle n’apprit pas grand-chose. Seulement son surnom « Irène la terrible » et bien plus sur feu son époux. Un guerrier bon vivant, aimant les objets brillants (il était fait mention d’une bague, en particulier) et respecté de tous, y compris de sa femme, bien qu’il fût la cause de la mort de sa famille, en partie.

Quant à ses compagnons elle apprit les origines de Brindja : ancienne guerrière lunaire ayant fait le vœu d’aider sa communauté elfique en Arolavie, elle voyage désormais, en chasse du Chancre. Pas étonnant qu’elle fût aussi loyale envers sa nouvelle patronne. Malgré l’attitude laconique et peu bavarde du grand fauve roux, ces informations et la transparence de sa compagne aidèrent Kayla à lui pardonner sa rigidité quant aux informations qu’ils avaient transmis à Irène. Sur la peintre, peu de chose : voyageuse, elle venait de la Cité-France qu’elle avait fui pour échapper à un prétendant non-désiré et se consacrer toute entière à son art.

A force d’enquête et de surveillance des bateaux au large, ils finirent par trouver l’occasion parfaite : un petit canot qu’ils pourraient surprendre une fois échoué sur une plage. Fort de ce plan, ils parvinrent à isoler, puis à maitriser un jeune orc revêche, puis à tenter de le faire parler. Kayla n’avait jamais rencontré cette espèce, mais sa curiosité et son amabilité coutumière firent rapidement place à une forme d’exaspération de moins en moins maitrisable. Puis, quand leur prisonnier parla enfin, l’exaspération fit place à la surprise, puis au dégout et enfin, son visage blêmit devant les dernières assertions de leur captif. Comment pouvait-on être un tel pleutre ? Comment un noble, comment qui que ce soit puisse s’abaisser à de telles actions ? Trahir ainsi son peuple, tromper qui que ce soit de la sorte… Kayla n’avait qu’une seule envie : retourner à la demeure ducale pour mettre cet immonde personnage hors d’état de nuire et hors d’état d’espérer un jour une descendance porteuse de son engeance.

- Qu’est-ce que c’est que cet empire ? Trois duchés que nous traversons, trois régions gouvernées par des mensonges et rien que nous puissions faire ! rugit-elle.
« Oh, celui-ci, ce duc-là, il est hors de question de le laisser mener ses petites affaires répugnantes un jour de plus !

Kayla bouillait intérieurement, sa colère et sa frustration clairement visible sur son visage et dans la nervosité de ses allers-retours frénétique. Elle n’arrivait pas à se calmer, ni vraiment à réfléchir et, franchement, elle n’essayait même plus. Elle allait des chevaux à d’autres points autour de leurs petits groupes, avec l’air des personnes qui s’apprêtent à prendre des décisions inconsidérées.

28/03/2021 12h34
Lyvin Veronis
Lyvin Veronis

Lyvin resta presque interdit devant ce soudain revirement de situation. Ou pour être plus précis, il ne se serait jamais attendu à ce que le duc les chassent ainsi de son domaine.
Ce dernier ne semblait faire montre d'absolument aucun sentiment ni empathie quand à la requête qu'ils lui avait soumise ni même à ce qu'il se passait sur ses terres.
Si jeune et pourtant si désintéressé.....

Lyvin chercha un instant dans les yeux où sur les visages de ses compagnons un signe ou quoi que ce soit qui lui aurait permit de penser que les choses n'en resterait pas là. Qu'ils n'allaient pas se laisser jeter ainsi dehors sans rien dire.....
Mais il ne perçu rien. Rien que de la surprise et de la honte mêlée de résignation.
Après tout se dit il, qu'auraient ils bien pu faire ? Il était duc en ses terres et eux, rien en comparaison de cela.
Ils avaient donc quitté la demeure du duc, la tête basse et les poings serrés en compagnie de la jeune artiste qui les accompagnait.

La présence de la jeune femme n'était d'ailleurs pas faite pour lui faire plus plaisir que cela. Il était certes bien content de lui venir en aide même s'il ne la connaissait que très peu, mais cette nouvelle présence féminine parmi eux n'était pas pour le mettre plus à l'aise vis à vis de la gente féminine déjà présente et cela même si cette dernière n'était pas vraiment enclin à vraiment faire connaissance avec eux.

Mais loin de se laisser abattre, le groupe avait décidé de poursuivre ses investigations par eux même, et ce malgré les propos du duc.
Ainsi donc, durant plusieurs jours ils parcoururent les routes du duché afin d'obtenir des informations, des rumeurs et tout ce qu'ils pourraient apprendre qui leur serait un tant soit peu utile.
Lyvin ne se montra pas vraiment utile à ses compagnons durant cette chasse aux informations tant il était toujours aussi peu à l'aise à parler aux gens et encore moins à leur donner envie de lui parler.
Heureusement que parmi ses compagnons d'autres étaient visiblement plus à l'aise avec ce genre d'exercice.
Afin de ne pas se sentir totalement inutile, il se contenta donc d'observer, d'écouter, de prendre quelques notes et au besoin de jouer les traducteurs.
C'était le mieux qu'il puisse faire ou lorsqu'il se joignait à Kayla et Pod pour des sessions de travaux de recherche dans les quelques bibliothèques du duché.

Ces quelques semaines furent aussi l'occasion de discuter et d'en apprendre un peu plus sur ses compagnons.
Certes les semaines de voyages écoulées leur avait déjà permis de mieux se connaître même si Lyvin s'efforçait toujours de garder une certaine distance surtout avec Brindja et encore plus Kayla, mais il s'ouvrit tout de même un peu plus sans pour autant verser dans ce ce que l'on pourrait qualifier de franche camaraderie.
Il se laissa à quelques occasions à parler un peu plus de sa jeunesse et de ses parents sans pour autant entrer dans les détails de leurs relations compliqués.
Il préférait surtout évoquer son maître et les heureuses années passées en sa compagnie, à l'assister dans ses travaux ainsi que la passion que ce dernier lui transmi dans le domaine de l'étude et de la recherche notamment en alchimie et herboristerie avant le le recommander pour le poste de précepteur du jeune Malgré tout ceci, ni lui ni aucun des autres ne semblait avoir oublié leur mission première: Retrouver le fils d'Irène.

Mais plus les jours passaient et plus il se posait des questions au sujet de la dite mission.
Pourquoi la duchesse avait elle choisi de s'en remettre à eux ?
Pourquoi après toutes ses semaines ne semblait elle pas avoir lancé d'autres personnes à la recherche de son fils ?
Pourquoi Brindja, fidèle et loyale à la duchesse les laissaient elle ainsi se laisser distraire à autre chose que leur mission?

Toutes ces questions ne cessaient de tourner en boucle dans sa tête sans trouver le début d'une réelle logique.

Au fil des semaines, Kayla semblait comme à son habitude tantôt normale si tant est que ce qualifiquatif puisse lui être donné, tantôt comme possédée par un esprit tourmenteur.
Mais impossible d'en tirer le moindre début d'explication un tant soi peu rationel.
Comment cette jeune femme de rien, sans rien de particulier et même assez banale avait pu se retrouver avec de telles visions et ces voix en une langue depuis longtemps perdue.

Lyvin se laissait parfois aller à la mélancolie ne trouvant pas de réponses à ce déferlement de questions sans réponse.
Mais il était homme de science et il savait que les réponses ne tombaient pas toujours du ciel en un claquement de doigt.
Le temps, la persévérance, la patience et l'observation étaient les meilleures armes de l'erudit.
Ainsi, quand les choses se bousculaient de trop dans sa tête, il faisait en sorte de se purger l'esprit par l'entraînement au bouclier où l'étude de la magie ce qui lui permettait dans le même temps de se rapprocher un peu de Pod et Sallavin.

30/03/2021 23h07
Umberlie
Umberlie

Distribution d'xp ~~ !

CHAMPAAAGNE ! <3

------------
+ J'ai ajouté 400 po à chacun de vous

Console R.P.

Distribution de 1564px à Kayla Fal'San'In

Distribution de 1791px à Lyvin Veronis

Distribution de 1735px à Sallavïn Tamrel

Distribution de 1740px à Podness Ragnyss

Edition 26/08/2021 09h15 par Umberlie
26/08/2021 09h12
Kayla Fal'San'In
Kayla Fal'San'In

J’aurais voulu que ma première rencontre avec des orcs soient différentes. Particulièrement après avoir lu tous ces textes sur le Kaan et les peuples de la horde, pour Agapios. Je n’imaginais pas me glisser sur un navire pour libérer des esclaves, quitte à… Malmener quelques geôliers. Sur le moment je n’y pensais même pas, je ne pensais plus du tout, je crois. Depuis l’interrogatoire du jeune orc sur la plage, j’étais furieuse. Nous l’étions tous, à différents degrés. Il ne nous a pas fallu longtemps avant de décider d’intervenir et à peine plus pour savoir comment. L’action en elle-même m’a parue courte, grisante et terrifiante à la fois. Les détails sont flous, brouillés, je me souviens surtout du retour à la plage, haletante, mouillée, tremblante d’excitation et d’effroi.

Nous avions enfin retrouvé Frantziska, l’amie de la peintre, et le fils Zacharios également. Si les deux premières nous ont quitté peu de temps après, pour poursuivre leur route, le dernier a choisi de rester avec notre petit groupe. Après ce qu’il avait vécu, difficile de lui demander de rentrer seul chez lui. Le récit de ses mésaventures nous a convaincu de ne pas nous limiter à la libération des prisonniers du bateau et de fouiller aussi la villa du duc de Pangaïon. Si je m’étais opposée à ce que Brindja informe la duchesse des problèmes des Brademaux-Refais, j’étais désormais tout à fait disposée à récolter autant de preuves qu’il le fallait pour dénoncer le responsable des méfaits dont nous avions été les témoins.

Cette fois, il fallut faire preuve de discrétion. La demeure ducale était bien mieux gardée que le bateau des esclavagistes et nous avions bien plus à perdre à nous faire remarquer. La nuit fut la couverture de notre petite équipée. Gnomes et elfes ont en commun une vision nocturne parfaitement efficace sous la lune. Certains d’entre nous étaient plus discrets que d’autres, mais le sort d’invisibilité nous a permis de progresser, découvrir et libérer les jeunes esclaves offertes au monstre qui portait le titre de duc.

Ce fut difficile d’en rester là. Une victoire amère, donc, que je vécus d’autant plus mal que, très rapidement après nos découvertes, mes voix me rappelèrent à mes devoirs. Leurs cris tiraient désormais droit vers le Sud-Ouest, au-delà de la capitale de l’empire. Je dois avouer que je me sens de plus en plus épuisée. J’essaye de ne pas le montrer, mais mentalement et physiquement, j’ai la sensation de ne plus être capable de suivre le rythme de cette chasse aux chimères. Personne dans le groupe ne songe vraiment à arrêter là, même si j’imagine que nous avons tous nos doutes. Timotheos n’a toujours pas été retrouvé et tant que cette piste nous guide quelque part, nous avons le devoir de la suivre, j’imagine.

Je ne tiens pas à en faire part à mes compagnons, mais, moi aussi, je crains de plus en plus de les guider dans une impasse. Les recherches de Lyvin et Podness ne mènent à rien. Ils doivent tous me prendre pour une folle, maintenant, et j’ai si peur de l’être. J’essaye de cacher mes incertitudes, mais je suis si fatiguée…

J’ai envoyé une lettre à ma famille aujourd’hui. Je crains d’avoir peut-être commis une erreur en venant en Cyrillane.

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Malgré les indications de mes voix, le groupe a décidé de passer par la capitale : Lymnypogeïa. Je n’étais pas convaincue par l’idée. J’ai la sensation que plus loin je me tiendrai de ce qui m’appelle, plus les cauchemars m’empêcheront de trouver le repos, et j’ai vraiment besoin de dormir, juste un peu. Mais je manquais d’argument et il est vrai que, même si Timotheos ne se trouve pas là-bas, c’est certainement le lieu où il nous faut aller pour poursuivre nos recherches et nous renseigner sur les jeux politiques en Cyrillane. Ce ne serait pas sage de négliger d’autres pistes.

J’ai laissé les sujets politiques aux autres et je me suis concentrée sur l’étude du Radichan. Ce n’est pas aussi efficace, pour faire taire les voix, que de leur obéir, mais quand je me concentre sur cette langue ancienne je me sens un peu plus calme. Aucun autre sujet n’a cet effet-là, même la musique ne m’apaise plus autant.

Bien-sûr, les manuscrits les plus anciens, et donc les plus intéressant, à ce stade de mes recherches, ne se trouvaient pas dans les rayonnages accessibles au public. Heureusement avec du temps, de la patience, un peu de pugnacité, un soupçon de charme et une longue présentation des divers notes et documents réunis à propos de cette civilisation ont fini par avoir raison de la prudence des bibliothécaires. Il faut dire que j’ai amplement profité du voyage, et de l’expertise de mes compagnons les plus érudits, pour relever, étudier et analyser les ruines radichan sur notre route. Mes recherches sont désormais assez conséquentes pour impressionner les plus férus de civilisations anciennes, et très joliment illustrées par le talent de Podness.

Et comme ces efforts ont payé ! Venir à la capitale était vraiment la meilleure idée possible ! Je n’ai jamais appris plus vite qu’entre ces rayonnages précieux. Tout semble prendre sens, désormais, jusqu’au symbole de bois autour de notre cou. Certains ont eu l’air dubitatif, mais je suis formelle. Mes voix ont un lien avec Timotheos et sa famille. Ce n’est pas un hasard si j’ai été amenée ici. Je suis sur quelque chose. Je le sais, je le sens.

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La suite des notes est rédigée dans un mélange de radichan et d’elfique sur plusieurs pages. Les notes semblent s’interrompre un moment avant de reprendre dans un elfique moins habile, un peu tremblant.

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Les voix résonnent toujours dans ma tête, néanmoins, je veux profiter de ce que je crois être un moment de clarté pour écrire. Ce que je dirais dans ces pages sera désormais relu par les yeux indiscrets de mes geôliers, amis, surveillants, alliés, accompagnateurs, tortionnaires… Peu importe ce qu’ils s’imaginent être pour moi et moi pour eux, cela ne change rien au fait qu’ils m’ont trainé sur les routes, attachée et bâillonnée, et maintenant sur un bateau. Ils m’ont expliqué leurs raisons, plus de fois que je ne peux compter. Elles ne changent rien à mes yeux. Je les entends quand ils me disent qu’ils font ça pour mon bien. Ça a toujours été « pour mon bien », de toute façon, n’est-ce pas ? Parfois je les comprends et accepter devient plus facile. La plupart du temps c’est comme avoir une délicieuse friandise dans la bouche et qu’on m’assure devoir la recracher, parce qu’il s’agit d’un poison. Mais j’ai toujours ce gout suave sur les lèvres, peu importe ce que j’en fais.

Je me souviens de tout ce qu’il s’est passé, mais tout semble lointain. C’est comme si j’avais assisté à chaque évènement en pure spectatrice, hors de scène, dans les coulisses. La personne qui agissait sous mes yeux avait mes compétences, mon caractère, plus ou moins, mais une seule obsession dont je n’ai pas le droit de parler si je veux conserver le privilège d’avoir les mains libres et le droit d’écrire. Je sais que j’ai essayé de les convaincre, à la fois du bien fondé de mes ambitions et de ma rationalité. Ça a marché, dans un premier temps et puis de moins en moins. A partir du moment où j’ai compris d’où venait le médaillon et que c’était lui qui m’appelait, et pas Timotheos, il a été plus difficile de les convaincre. C’était « juste » une idée brillante de notre employeuse, dans son plan pour protéger son fils. Quelle ensorceleuse elle fait ; incapable de voir pareil objet magique juste sous son nez !

Je me souviens de tout ce que j’ai dit, de ce que j’ai fait. Des monstres à proximité de Karkavec, du temple où nous avons retrouvé Arman, de ce qu’il a fini par nous cracher à la figure, lorsqu’il a été confronté à notre enquête. Je me souviens du départ précipité de Brindja, de la course pour retrouver Boréas. Je me souviens que j’aurais dû me sentir trahie, mais qu’à partir de là, il n’y en avait plus que pour le collier. Je me souviens de la joie et de l’ivresse dont je ne devrais pas trop parler, si je veux pourvoir continuer à écrire. Et je me souviens des cordes, du gout du bâillon, des mains enserrant mes membres. Je me souviens de la douleur des chevauchées entravées, ballotées comme un vulgaire sac. Je me souviens du temps long, à peine troublée par le plaisir de porter mon joyau. Je me souviens de la frustration, de la colère, de l’injustice, de la joie devant le visage de Mercoeur, si tôt remplacé par la même pensée : le médaillon, toujours. Je me souviens des phrases en radichan, scandées en boucle au fond de mon crâne, jusque devant la duchesse. Je me souviens de chacun des mots d’Irène et du peu de sens qu’ils avaient désormais pour moi. Seul comptait le collier et libérer enfin ce qu’il contenait.

Dans ma tête, les images, les bruits, les mots et les sensations sont impeccablement rangés, dans un enclos de déraison à peine ouvert, maintenant que les rivages cyrillans sont loins. Podness est parti je ne sais où, avec le médaillon. Je le sens qui s’éloigne. Je le sens et chaque bourrasque qui m’écarte de lui est un poignard en plein cœur. Mes nuits sont blanches et mes jours sombres. Je suis surveillée constamment par Sallavïn, Lyvin ou Mercoeur. Je ne leur parle pas, les deux premiers n’essayent pas vraiment de discuter, contrairement au troisième, mais ça ne change rien. Je n’ai pas la tête à être magnanime, ni compréhensive. A vrai dire je suis plutôt d’humeur à exploser. J’ai mal. J’ai peur. On me ramène d’où je viens, enchaînée et silencieuse, de la pire façon qui soit. Et ils ont l’air étonné quand je tente de me jeter par-dessus bord ? Je n’ai pas envie d’être ici, je ne veux pas être là-bas. Il y avait d’autres moyens. Je suis sûre qu’il y avait d’autres moyens…

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Les quais de Varnaïrello font remonter en moi de vieux et pénibles souvenirs. La capitale des elenions demeure inchangée, malgré l’année écoulée, belle dans l’agitation cosmopolite du seul lieu d’Ellerìna qui accueille autre chose que des elfes. Sur le bois clair du ponton Elandor nous attendait. Je ne l’ai pas regardé, à vrai dire je me suis retractée derrière les plus grands de nos compagnons. L’un d’entre eux m’a rattrapé, je ne sais pas lequel. Qui que ce soit il a dû craindre que je saute à l’eau pour fuir la confrontation. Je ne peux pas dire que je n’y ai pas pensé.

Elandor n’a pas changé, une année passe sur un elfe est comme une semaine pour un humain et mon grand-père est assez vieux pour avoir l’impression que je ne suis partie qu’un mois. Je n’ai pas la même perception du temps que lui et, moi, j’ai changé. Il a invité Sallavïn et Mercoeur à déposer leurs bagages à l’auberge de Mornorin et, à Lyvin, de le suivre jusqu’au temple de Flore, avec moi.

Dès que j’ai pu, j’ai mordu la main de l’érudit et j’ai sauté à l’eau. Mais je nage moins bien que Sallavïn. Dommage.

Après cette tentative pathétique de fuite, je n’avais aucune chance de convaincre Elandor de quoique ce soit, et encore moins de ne pas m’amener auprès de ma mère. J’étais terrifiée, je le suis encore. Quand nous avons passé les portes de la première cour, je tremblais comme une feuille. Le temple était calme, paisible, personne pour nous accueillir. Elandor a traversé les coursives en me tenant par la main, Lyvin juste derrière. Je regardais mes pieds, les lèvres pincées dans le silence, jusqu’à ce qu’il me fasse passer devant lui, doucement.

Dans les jardins, penchée sur un bosquet de physalis, ma mère se redressait doucement. Inchangée, fatiguée, inquiète, identique à la femme que j’avais quitté. Chaleureusement, elle a salué et remercié Lyvin. Elle ne m’a pas regardé. Ses yeux ont évité les miens jusqu’à ce qu’elle me laisse dans ma chambre.

Ce soir, je suis seule avec ma plume et mon carnet. J’ai peur et je me sens abandonnée. Peut-être au moins qu’on arrêtera de lire ce que j’écris, mais je n’y compte pas.

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Sallavïn et Mercoeur sont passés au temple. Ma mère les a invités à raconter toute l’histoire et ma « situation ». L’inquiétude ride son front comme jamais. Elandor a l’air contrarié. Il ne semble pas apprécier ces trois jeunes hommes. Peut-être parce qu’ils ont saucissonné sa petite-fille pendant des mois. En tout cas, il le fait savoir à sa manière. Sa langue claque et fouette l’air, ses répliques sont toujours aimables, parfaitement polies, mais cinglantes, froides et venimeuses. Malgré le peu d’enthousiasme de l’elfe le plus âgé, il a été convenu que les trois garçons resteraient jusqu’à ce que Podness réussisse à faire quelque chose du médaillon. Ma mère les a tous invité à rester au temple, marquant une hésitation pour Mercoeur, le seul du groupe à ne pas manifester une trace d’héritage féérique. Elle ne m’a pas demandé si, par hasard, l’idée de cohabiter avec les hommes qui m’ont bâillonné pendant des semaines me posaient problèmes.

Le temple est grand, je peux les éviter tant que l’un d’eux ne me surveille pas, mais quand ce n’est pas eux, c’est ma mère. Je respire à peine quand vient enfin le tour de garde d’Elandor. Parfois je peux passer à l’écurie, sous bonne surveillance. Les chevaux cyrillans nous ont suivi sur le bateau et la présence de Kokola m’apaise, parfois. D’autres fois j’ai la nausée en me rappelant le voyage, ligotée sur son dos. Ma tête me fait mal, la tranquillité du temple rend l’écho des voix encore plus assourdissant. Je ne dors pas, je sombre dans l’inconscience, jusqu’à ce que la douleur me réveille. Ecrire me calme un peu, mais quand je n’ai plus l’énergie pour, les douleurs reprennent de plus bel.

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Depuis que je vis au temple, nous recevons quelques lettres de Podness. Ses mots me rendent à la fois triste, honteuse et en colère, mais aussi soulagée. Je suis heureuse qu’il ne soit pas là pour voir ce que je deviens, mais j’enrage de savoir ce qu’il fait au Monastère Azur. Ce n’est pas une colère que je contrôle, mais dès que j’y pense, je préfère m’enfermer dans ma chambre un moment, pour ne pas davantage trahir tout ce qui me passe par la tête.

Aujourd’hui, en revanche, c’est une autre lettre qui vient perturber ma « convalescence ». Elle a été envoyée depuis le duché d’Antykira, un changement assez intéressant pour piquer mon intérêt. En dehors des politesses d’usage la missive renferme deux informations importantes. Les professeurs et Brindja ont enfin démasqué les assassins. Deux fratricides, en réalité, l’un par jalousie et l’autre par accident. Deux cadets tuant leurs aînés. Pour ce qui est de Damianos, le frère d’Andreas, son amour pour Irène et l’envie qu’il éprouvait pour le duc est un motif d’une banalité sans nom. Irène doit mal le vivre, mais certainement pas autant que de savoir que son propre enfant a tué son héritier.

Cette deuxième nouvelle m’a heurtée plus que je ne le pensais. J’ai même pris la lettre dans mes mains et j’ai relu le message plusieurs fois pour être sûre d’avoir bien compris. Puis je suis restée un moment, seule, dans ma chambre. Je me sens idiote et inutile. J’en veux terriblement à la duchesse pour nous avoir fait crapahuter à la recherche d’assassins qu’elle abritait chez elle, alors que son fils avait besoin d’aide. Alors que Timotheos avait besoin de pardon et d’oubli. Le souvenir flou de sa joie en revoyant Sallavïn et de la peur dans ses yeux en me voyant, moi, est un pieu amer dans mon cœur.

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Cette nuit les cauchemars sont plus vifs que jamais. Depuis 20 minutes je fais les 100 pas dans ma chambre pour chasseur l’angoisse. Je tremble, j’ai froid et mes vêtements de nuit sont trempés de sueur, mais je refuse de me rendormir. C’est comme si mon lit était en feu, je ne peux pas y rester plus d’une seconde. Alors j’ai marché, les doigts serrés contre mon cœur, jusqu’à ce qu’un épais silence tombe. Un silence soudain et profond, comme je n’en avais jamais entendu avant. Doucement, le vent dans les branches du magnolia a fait vibrer mes oreilles et puis, lointain, les bruits nocturnes de Varnaïrello. Je me suis assise à mon bureau et j’ai attendu, longtemps, assez longtemps pour perdre conscience, allongée sur la table.

Ma mère m’a réveillé au matin. Aucun souvenir du sommeil, à part une sensation de repos. Pas un cauchemar, après l’intense moment d’angoisse dans la nuit. Je n’ai rien dit de spécial. Je ne sais pas ce qu’il se passe, mais je me sens bien et, en même temps, épouvantablement seule.

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La nouvelle est arrivée ce matin : la directrice de l’école de Podness a réussi a brisé le sort du médaillon, il y a quelques jours. D’où mes nuits enfin complètes et le silence assourdissant qui règne désormais dans mon crâne. J’ai dû répondre aux questions inquiètes et pressantes de tout le monde. C’était épuisant. D’autant plus parce qu’ils semblent tous beaucoup plus heureux et soulagés que je ne le suis. A vrai dire, je me sens juste amère. Le vide dans ma tête s’encombre peu à peu de regrets et de rancœur. En effet, je n’étais pas folle. Juste possédée par le sorcier qui s'était emparé de l'esprit de mon père et peut-être de toute notre famille encore avant. Mes pensées, mes intuitions, tout m’était soufflé par un être fourbe et maléfique, enfermé par un médaillon de bronze.

Parce que cette menace n’est plus, je devrais me sentir mieux ? Oublier les années à questionner ma santé mentale ? A supporter les regards lourds de jugements ? Les mois de délires, de chaines et de baillons ? La surveillance constante, l’absence totale d’intimité ? Je devrais les remercier, peut-être ? Je ne veux rien de tout ça. Je veux qu’on me rende la vie que je n’ai jamais eu. Au moins, maintenant, ils n’ont vraiment plus de raison de lire ces pages.

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Sallavïn, Lyvin et Mercoeur sont partis, un à un. Apparemment certains m’ont laissé des choses, mais je ne veux rien d’eux. Je suis rentrée à la maison d’Elandor, à l’extérieur de Varnaïrello. Maintenant que la menace du sorcier n’est plus, j’ai le droit de retrouver un peu de paix et une solitude enfin appréciable. Je peux me balader plus loin dans la forêt, sur le dos de Kokola. Je peux retrouver la musique, ma lyre et le chant. Je me sens mieux.

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Cinq brouillons de lettre se suivent ensuite, trois sont en elfique, une en cyrillan et la dernière en cyfand.

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La première personne à qui Kayla choisit d’écrire, ce fut Podness. De toutes les réponses qu’elle devait, c’était, de très loin, la plus facile à écrire. Le gnome ne lui avait pas fait physiquement mal, d’une part. Peut-être parce qu’il ne pouvait pas, certes, mais la melessë voulait croire que c’était surtout qu’il ne voulait pas s’y résoudre. D’autre part, il avait trouvé une façon bien plus efficace et directe pour l’aider. Si elle allait mieux, c’était à lui qu’elle le devait, indubitablement, et elle était impatiente de correspondre avec lui. C’est donc avec enthousiasme qu’elle trempa une plume dans l’encre et commença à tirer ses lettres elfiques.

Cher Podness,
Pardonne-moi pour ce long silence, ma convalescence a été plus longue que prévue. Si j’ai aujourd’hui la force de t’écrire, c’est entièrement grâce à toi. Tu as toute ma gratitude et plus encore. J’espère que nos chemins se croiseront à nouveau, en Ellerìna ou ailleurs. J’avoue que j’adorerais te montrer Varnaïrello et le temple de Flore, tu adorerais l’endroit.
Mon très cher ami, je prie pour que tu puisses bientôt lire cette missive. Maintenant que je vais mieux, je vais retourner en Cyrillane. Mon ascendance recèle encore des secrets que je veux découvrir et je crois que j’ai des excuses à faire en personne. Je t’enverrai une nouvelle lettre dès que j’aurai trouvé un lieu où tu pourras adresser les tiennes, si tu as le cœur à correspondre avec moi. J’avoue sans mal que cela me ferait très plaisir !
En espérant que nous puissions nous revoir bientôt,
Ton amie dévouée,
Kayla Fal’San’In


Lyvin, ensuite ; c’était une autre affaire. Elle ne pouvait pas dire qu’ils avaient été proche, même avant qu’elle perde le contrôle. D’ailleurs, elle ne comprenait pas vraiment pourquoi il avait suivi Sallavïn et Mercoeur à Varnaïrello. Était-ce une excuse pour se rendre en Ellerìna ? Il avait bien profité de son séjour pour bavarder plantes et remèdes avec sa mère et les prêtres du temple de Flore. Mais non, il aurait pu venir sans s’encombrer d’autant de problème. De toute façon elle ne l’avait jamais compris, ce grand escogriffe, et ça n’avait pas trop d’importance, il avait été là pour l’aider… Et pour l’étudier et pour l’attacher, aussi… Et pour la bâillonner. C’était difficile à oublier et difficile de ne pas lui en vouloir, à peine moins difficile de ne pas laisser la rancœur transparaître dans les mots d’elfiques qu’elle traçait sur le papier. Elle pouvait ne plus vouloir le revoir, mais elle ne pouvait pas ne pas s’excuser pour ce qu’elle avait fait. La folie n’était pas une excuse pour faire comme si elle n’avait jamais mal agi avec Lyvin.

Cher Lyvin Veronis,
J’espère que vous êtes bien rentré à la Cité Franche et que les récentes aventures en Cyrillane, ainsi que l’escale à Ellerìna ont su profiter à vos recherches. Ma mère m’a demandé de joindre à ma lettre un bouquet d’herbes séchées de sa dernière récolte, au temple. Je ne comprends toujours pas ce qui vous a poussé à m’aider comme vous l’avez fait et à traverser les océans pour cela, néanmoins vous avez été là au moment où j’en avais besoin et je sais que je me suis montrée peu réceptive à vos efforts. Je le regrette, à présent, et m’en excuse sincèrement. Je vous souhaite le meilleur pour la suite de votre travail.
En espérant que vous reviendrez un jour en Ellerìna,
Amicalement,
Kayla Fal’San’In


Puis ce fut au tour de Sallavïn. Un gros soupir s’échappa de ses lèvres quand elle tourna une page pour commencer à écrire. Elle n’avait vraiment pas envie de contacter le paladin. Déjà, ses vœux d’errance allaient le rendre particulièrement difficile à localiser. Ensuite, de toutes les personnes à qui elle devait des nouvelles, c’était à lui qu’elle en voulait le plus. Elle savait très bien pourquoi il l’avait raccompagnée chez elle et ce n’était pas pour ses beaux yeux, ni par attachement pour sa personne. Il voulait juste agir en accord avec lui-même et son code moral. C’était noble, sans doute, mais ce n’était pas un baume efficace pour oublier les cordes à ses poignets et chevilles, ou le gout du bâillon contre sa langue. Au cœur de ses délires, elle n’avait pas vraiment la tête à réfléchir à la façon dont il la voyait, mais en pleine possession de ses moyens, elle reconnaissait désormais qu’il lui aurait fait plus de mal encore, s’il avait pensé que c’était nécessaire. Il l’aurait fait sans plaisir, certes, mais cela n’aidait pas à lui pardonner. D'autant plus que, contrairement à Lyvin, elle avait eu des attentes pour le paladin. Le vague espoir de trouver quelqu'un qui lui ressemblait, peut-être ? Un autre être à mi-chemin entre deux espèces, deux cultures, à la fois profondément différent et semblable à ce qu'elle était, solidaire avec ce qu'elle vivait. Une préconception naïve, elle devait le reconnaître aujourd'hui, mais qui piquait doulour son ego néanmoins. Elle soupira lourdement, raidit ses épaules et laissa l’encre tracer ses premiers mots.

Cher Sallavïn Tamrel,
J’écris cette lettre en sachant qu’elle mettra du temps à vous trouver. Vos vœux de chevalier vous rendent assez difficile à localiser, néanmoins je ne perds pas espoir. De même, je me doute bien que c’est votre parole envers les dieux qui vous a poussé à m’aider. Savoir qu’un paladin était à mes côtés, tout au long de nos voyages a été d’un grand réconfort pour ma mère et sa gratitude envers vous semble éternelle. Quant à moi, je dois admettre que j’aurais préféré ne jamais dépendre de vos pieuses promesses. Ce n’était pas l’expérience que j’espérais avoir, mais je dois malgré tout vous remercier de votre diligence et d’avoir fait en sorte que mon état ne blesse personne d’autre que moi.
Puissent les dieux protéger votre voyage,
Amicalement,
Kayla Fal’San’In


Les trois lettres en elfique étaient finies, elle passait désormais au cyrillan. Comme cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas eu l’occasion de le parler, encore moins de l’écrire ! Un frisson enthousiaste secoua sa silhouette. C’était si étrange de retrouver cette langue après l’avoir parlé si souvent, pendant son voyage. Le fait qu’elle adresse sa prochaine missive à Timotheos accentuait encore son sourire. Un interlocuteur appréciable, après les deux derniers. Elle espérait tant le revoir ou même juste de correspondre avec lui. Le spectacle qu’elle avait donné, la dernière fois qu’ils s’étaient vus n’était pas vraiment en sa faveur, et le jeune garçon était empereur désormais… Pourvu qu’il aille bien, c’était tout ce qui comptait, si c’était le cas, alors il pouvait bien ne plus lui adresser la parole, elle serait tout de mêeme soulagée.

Cher Timotheos,
Après de long moi en Ellerìna, je suis heureuse d’annoncer que je suis enfin remise sur pied, à la fois physiquement et mentalement. Au moment où j’écris cette lettre je prépare un nouveau voyage pour la Cyrillane. Je prévois une première escale à Driskos, avant de revenir au duché d’Antikyra. Notre dernière entrevue n’était pas celle que je désirais et j’ai à cœur de rattraper ce que les intrigues et les médaillons maudits m’ont fait perdre. J’espère au moins pouvoir m’excuser en personne du triste spectacle que je t’ai offert, il y a quelques mois. Ce n’est pas une vision à offrir à un futur empereur, n’est-ce pas ?
Puisse cette lettre me précéder de peu,
Ton ancien professeur,
Kayla Fal’San’In


Elfique, cyrillan et maintenant cyfand ; elle n’avait pas choisi la langue qu’elle avait le plus récemment pratiquée pour écrire une chanson et elle n’avait plus rien composé depuis… Eh bien depuis qu’elle avait perdu la raison et le gout de le faire. Des mois, donc. Elle plaqua ses mains sur son visage. Etait-ce vraiment une bonne idée de s’adresser à lui ainsi ? N’était-ce pas terriblement niais ? Et s’il pensait que c’était juste mauvais ? S’il se moquait d’elle avec son ami de la Cité Franche ? Non… Il n’était pas comme ça, n’est-ce pas ? Et puis, il lui avait laissé un moyen de le contacter, c’était bien que… Un couinement plaintif s’échappa de ses mains. Kayla s’ébroua et posa une mine tremblante sur la feuille. Elle voulait que sa première composition soit pour lui, tant pis si c’était affreux !

Cher Mercoeur,
Trop de saisons ont filé et les mois passent,
C’est le cœur lourd que j’écris, de guerre lasse
Ces mots courts que j’aurais dû te dire en face.

Tu étais là, et je n’ai pas su voir à temps
A quel point tu pourrais me manquer maintenant,
Je paie aujourd’hui le regret de ces moments

Je ne sais pas si je peux déjà te revoir.
Le moment me semble encore mal choisi,
Beaucoup d’affaires demandent à être finies.
Peux-tu m’attendre, ou est-ce déjà trop tard ?

Je ne demande rien de plus que ton pardon.
J’accepterai que je ne puisse l’obtenir,
Ton temps n’a pas à se plier à mes désirs,
Mais j’attendrai ta réponse à chaque saison.


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Dans un bruit mou et un froissement de drap, elle se laissa tomber dans le lit, un mélange d’excitation, de bonheur intense et d’appréhension étreignait son cœur. Quelques jours auparavant, elle avait retraversé l’océan pour revenir en Cyrillane. Puis, sur le dos de Kokola, elle avait traversé le pays en suivant un groupe de marchand qui remontaient vers le Nord, jusqu’à Driskos, où elle était passée voir Agapios. Elle avait obtenu une discrète conversation avec le jeune merosi, soucieuse à la fois de son bien-être et de l’évolution des intrigues qui l’impliquaient, maintenant qu’Irène était au courant de son secret. Fort heureusement, il allait bien et la duchesse d’Antikyra semblait tenir sa parole, pour le moment.

Une fois sa visite accomplie, elle avait poursuivi son chemin jusqu’à Pogradek où elle avait demandé une entrevue avec la duchesse et son fils, le tout jeune empereur. Ce fut un soulagement de franchir à nouveau les portes du domaine ducal, de son plein gré, sans entrave ni bâillon, mais c’était également une expérience profondément angoissante. Des images douloureuses lui revenaient en mémoire. Le médaillon n’avait pas altéré ses souvenirs le moins du monde et elle se rappelait impeccablement de chaque phrase, de chaque regard inquiet ou effrayé, dont celui de Timotheos lui-même.

Elle avait traversé le domaine en faisant de son mieux pour ignorer les regards et les messes basse sur son chemin. Elle imaginait qu’on se souvenait d’elle et pas forcément en bien. Il n’y avait pas beaucoup de bien à penser d’une femme délirante, ficelée sur un cheval. Une fois dans la cour intérieure, son cœur s’était serré. Elle avait pensé faire demi-tour sans voir son ancien élève, inquiète à l’idée de lui faire face à nouveau. La première fois qu’elle avait attendu ici… C’était il y a presque deux ans, elle avait fait connaissance avec Podness, Sallavïn, Lillya et Mercoeur, en se présentant en chanson. C’était aussi ici, qu’elle avait dansé avec Khamal sous la pluie. Comme pour rappeler à sa mémoire une époque un peu plus simple, elle laissa ses doigts recomposer la musique improvisée ce jour-là, fredonnant les notes en attendant les maîtres des lieux.

Et qu’elle ne fut pas sa surprise de voir un Timotheos sincèrement ravi de la revoir… Et quelques centimètres plus grands que ce dont elle se rappelait. Est-ce qu’il la dépassait déjà ? La duchesse se montra moins chaleureuse, polie, mais méfiante. Elle avait beaucoup de questions pour la melessë, le genre qui mettait mal à l’aise la barde.

Rejouant leur toute première discussion, Kayla répondit ; tordant la bouche quand une question la dérangeait, parlant un peu plus que nécessaire à chaque fois. La melessë expliqua la raison de sa présence ici : ses recherches, sa maitrise du radichan, les échanges avec Podness et les discussions avec sa mère lui avaient appris plusieurs choses. Le médaillon était la clé qui tenait enfermer un ancien sorcier, emprisonné par des dieux il y a bien longtemps, scellé dans une petite dimension par un objet anodin pour tout le monde… Sauf pour les descendants du dit sorcier. Privés de magie pendant des siècles, son père avait peut-être réussi à affaiblir suffisamment le sceau pour que sa fille s’éveille à la magie et poursuive l’œuvre paternelle.

Depuis que Podness avait définitivement réglé son compte au sorcier, avec l’aide de sa directrice, elle n’entendait plus de voix, ne sentait plus d’attrait particulier pour la Cyrillane ou quoique ce soit d’autre. Si elle était revenue c’était par curiosité, vérifier ses hypothèses et, surtout, pour s’excuser des soucis qu’elle avait créé aux Bracque-Croiset, sans le vouloir, et à Timotheos, surtout. Elle n’avait, à aucun moment, voulu lui faire peur et encore moins lui faire du mal. Elle assura que le médaillon comptait pour peu de chose, dans son attachement pour le garçon et que, si jamais il avait besoin d’elle, elle répondrait à son appel.

Après un regard suppliant vers sa mère, le jeune empereur sourit et lui demanda si elle acceptait de poursuivre son apprentissage en redevenant sa préceptrice. Elle accepta, la voix tremblante d’émotion, même sous le regard encore méfiant d’Irène. Elle ne pardonnait pas tout à fait à la duchesse d’avoir joué de façon si irresponsable avec sa santé mentale, même sans le vouloir, mais si elle pouvait reprendre là où tout s’était arrêté, elle pourrait supporter la méfiance d’une mère et le jugement de ses serviteurs, y compris, probablement, celui de Brindja.

Le soir tombé, seule dans une chambre de la villa, elle fixait le plafond, le cœur battant. Elle allait pouvoir reprendre là où tout c’était arrêté, profiter d’une nouvelle chance. Elle avait hâte.

Délicatement, elle sortit de son sac les fiches de langue qu’elle avait faites pour Sallavïn et Lyvin, durant leur voyage, puis elle y déposa un petit oiseau de bois, pour les maintenir en place. Elle observa une dernière fois la chambre autour d’elle, puis souffla la bougie à son chevet. Demain, elle commençait son travail.

Edition Hier 13h42 par Elindine
07/09/2021 00h49
Sallavïn Tamrel
Sallavïn Tamrel

Le blond découvrit sa tête, abaissant sa lourde capuche qui tomba bas entre ses omoplates, dévoilant une expression neutre, martiale. En face de lui, la voix semblait aussi froide que la large tente dans laquelle se tenait, droit comme un pieu, le serviteur du Forgeron.

« Alors ? »

Attrapant ses doigts dans son dos, Sallavïn n'hésita presque pas. Ne pas se dandiner d'un pied sur l'autre. Ne pas regarder le cordon de cuir mal attaché qui se tordait sous la brise, au fond, balancé d'avant en arrière par une légère fente dans la toile épaisse. Son rapport, il l'avait répété, encore et encore, avant de le prononcer aujourd'hui.

« En Cyrilliane, j'ai découvert une partie de la folie qui peut animer la noblesse d'un royaume. Au delà de l'instinct de survie, leur vie n'est pour l'essentiel qu'animée par leurs émotions. Le duc qui fuit ses responsabilités pour trouver son géniteur, les parents qui torturent leur enfant pour dissimuler la vérité, ceux qui avilissent le peuple qu'ils doivent défendre, tous ceux qui complotent, mentent, espionnent, quand ils ne prostituent pas leur âme : ce royaume n'est pas celui de la vertu.

S'impliquer dans les affaires du royaume, c'était refuser de respecter l'ordre établi mais refuser de s'impliquer, c'était fermer les yeux sur l'horreur quotidienne. J'avais beau savoir à quel point il est difficile de servir, j'ai souffert d'être un pantin dans des mains répugnantes. S'ils ne servent pas directement le Mal, je m'étonne que le Chancre ne trouve pas un terreau plus fertile dans le cœur de ces n...

-Je vois. Et pourtant tu es resté une année. Pourquoi ? »

Sallavïn expira discrètement, comme s'il recrachait un vieux maléfice. On l'avait interrompu, mais pas contredit ! Peut-être avait-il le droit de penser et dire ce qu'il venait d'articuler fermement. Il s'était laissé emporté, sans doute !

« Pour plusieurs raisons. D'abord, je m'étais engagé, à retrouver un enfant. Cet acte ne représente aucun mal et je n'avais aucune raison de l'abandonner, quels que soient mes doutes. Au cours des voyages qui ont suivi, j'ai souvent pu aider autrui et l'autorité de ma mission m'a aidé à découvrir et faire cesser plus d'un méfait...
Surtout, les Dieux ne m'ont jamais laissé seul. Je sais qu'ils peuvent accorder leur grâce pour de mauvaises raisons, mais je n'ai ressenti que de la douceur dans leurs réponses à mes prières. Chaque matin, ils nettoyaient mes doutes comme on soigne une blessure.

-Les, Dieux ? Est-ce que tu étais à ce point en proie au doute ?

-Oui, je ne saurai l'expliquer, mais il y avait... autant la fureur du Destructeur que l'amertume de la Vigilante, à côté des bienfaits de Flore ou du Forgeron. C'est comme je l'avais appris : le serment que j'ai fait n'a pas attiré l'attention que d'un seul et c'était comme si chacun transmettait un peu de sa volonté à travers moi... Pourtant, c'est bien la grâce du Forgeron qui continue de me rassurer, même si je sens qu'il n'est pas le seul à répondre à mes appels.

- Ah ah ! je comprends. Tu restes un jeune sauvage alors. Comme ton père. Tu m'as parlé du passé. Aujourd'hui ? Et demain ? Que feras-tu ?

- Je pense que... »

Il laissa sa réponse en suspend, ravalant sa salive, mais se balançant d'un pied sur l'autre imperceptiblement. Inutile de la contredire. Sur son fauteuil, l'allure d'une reine sévère, elle le testait malicieusement. Il n'avait rien d'un sauvage : il avait pris soin de son armure comme on lui avait appris et il s'était lavé convenablement ! La moitié du camp où il se trouvait ne pouvait pas se vanter de la moitié de cela ! Pourtant, il n'avait jamais cesser de voyager, poussant Gourmand, jour après jour, sur des campagnes entières, le privant de pommes quand il traînait trop. Tâche ô Combien ingrate et cruelle, il fallait voir les yeux mouillés qu'il avait du soutenir de pied ferme ! Mais il s'égarait...

« Je veux retourner dans ce royaume. J'y ai appris trop de choses pour les ignorer et le culte de Tamerakh n'est pas une menace à prendre à la légère. Je ne dispose d'aucune autorité pour financer une équipe, mais j'irai, seul s'il le faut.

-Tamerakh n'est pas qu'en Cyrilliane, tu sais... Mais tes compagnons, durant l'année écoulée ? Aucun ne s'est compromis, la duchesse avait choisi un groupe de confiance.

- C'est vrai, ils étaient valeureux ! Pourtant, même dressé dans un même but, nous n'avons pas vraiment pu accomplir l'objet de notre quête et j'en garde un goût amer. Il me semble que ce qui nous anime est trop différent. Nos approches pratiques, notre vision des choses, nos motivations. Et puis la fin du voyage a été éprouvante pour tous.

- Et pourtant ces différents points de vue aident souvent à progresser.

-Oui. »

Le chevalier n'ajouta rien, comme pour signifier qu'il ne voulait pas s'étendre sur le sujet. Il avait même reçu une lettre qui l'avait plongé dans la plus grande perplexité et qui n'appelait pas vraiment à une correspondance suivie.

« Tu as ta part de responsabilité dans le tumulte qui agite quelques sphères du royaume. Tu as su, pour les meurtres dans la famille Bracques-Croiset, non ? A ton avis, quel bien as-tu fait ? Et quel mal ?

- J'ai su oui et je n'en pense rien de plus que ce que j'ai dit plus tôt... J'ai été complice d'un mensonge de grande envergure et d'espionnage à mes dépends. Je n'ai pas assez écouté mes doutes et me suis contenté d'obéir avec une obstination aveugle. Qui en a souffert, exactement, je ne saurai le dire...
Quant au bien que j'ai pu faire, par honnêteté je n'irai pas faire d'hypothèses sur les potentielles conséquences positives de la perte d'autorité de certains ducs de Cyrilliane. Le seul bien que j'ai fait c'est celui que je constate : j'ai sauvé la vie d'esclaves et protégé les professeurs qui m'accompagnaient.

- Et l'image que tu as donné du dieu que tu sers ? »

Sallavïn leva les yeux vers un brasier suspendu, pinçant ses lèvres dans la réflexion.

« Je ne crois pas l'avoir ternie. La foi de ceux qui ne pratiquent pas leur religion me laisse perplexe et réciproquement. Ils croient que je veille sur eux parce que je l'ai promis aux dieux, sans comprendre que je l'ai promis aux dieux parce que je veux veiller sur eux. Il me semble qu'ils pensent qu'un serment est un boulet, une obligation lourde et désagréable, quand il ne s'agit que de l'expression du but dans ma vie. La plupart ne savent pas où ils vont dans ce monde, peut être refusent-ils jusqu'à l'idée que quelqu'un puisse trouver des réponses... J'imagine que nous partagions une incompréhension mutuelle. Mais respectueuse !

- Il me semble que vous avez tous été manipulés, d'où le sentiment amer que tu évoquais tout à l'heure. Inutile d'en concevoir tant de honte, inutile aussi de le reprocher aux autres.

-Mais je ne leur reproche rien !

- Tu devrais t'entendre ! Mais passons. Tu as appris que porter une armure et une épée ne suffisent pas à faire de toi un héros. Je vois d'ici que tu es devenu plus fort, peut être plus sage aussi ?  J'estime que ta formation s'est bien passée... »

Elle frappa dans ses mains, sa main droite gantée d'acier, l'autre nue.

« Tu iras soigner nos blessés, nous reprendrons cette conversation plus tard.

-Oui madame.

- Ah ah ! Voyons ! C'est la mère qui te parle, la commandante aurait été plus sévère. Je suis heureuse de te revoir.

-M... Merci ? Moi aussi maman.

-Allez, va. Bel équipement, au passage. J'attends une démonstration. »

Sallavïn remit sa capuche pour dissimuler le rouge qui lui montait aux joues et poussa la lourde peau dans l'entrée de la tente, laissant s'engouffrer la brise et la neige à l'intérieur, avant de pousser ses pas plus loin.

18/09/2021 18h12