Equinoxe de printemps

 
Nedru
Nedru

J'ouvre ce sujet pour officialiser l'écriture thématique sur l'équinoxe de printemps.


Vous pouvez y mettre en scène votre personnage ou tout autre, dans la région de votre choix d'Eana, afin de présenter une façon de célébrer cet heureux évènement !

Vous pouvez vous inspirer de la description donnée sur le blog du jdr Dragons:
https://dragons-jdr.blogspot.com/2019/11/une-annee-dans-la-cite-franche-et-les.html

En attendant vos écrit pour le 21 mars !

Edition 16/02/2021 18h19 par Nedru
16/02/2021 18h18
Nedru
Nedru

En bas des collines de Dagor, l'enfant leva les yeux pour admirer la procession qui serpentait vers le sommet. L'éclat des torches qui s'étiraient sur le chemin ne parvenant pas tout à fait à rivaliser avec les étoiles qui dominaient l'île. Les autres enfants à ses côté observaient également, avec une nervosité inégale. Les plus jeunes tenaient les mains des plus vieux, parfois des grandes sœurs ou frères. Peut être que quelques uns pleureraient pendant l'ascension mais pour le moment, tout le monde faisait de son mieux pour ne pas s'attirer les foudres des fées et ils étaient pratiquement serrés les uns contre les autres, dans un petit halo de lumière.

Plemal plissa les yeux, puis saisit le flambeau planté à côté de lui.

-« Ils sont assez loin ! En avant. »

Sallavïn alluma sa torche au flambeau de son aîné en déglutissant, aveuglé un instant par le crépitement du feu. Les cinq autres enfants firent de même, dans l'ordre décroissant de leur âge. Personne n'osait prononcer un son, tendant l'oreille. Et s'ils entendaient ricaner ? Et s'ils croisaient la cour d'automne en gravissant les collines ? Est-ce qu'ils ne seraient pas emportés par des créatures à la mine vieillissante, ces sorcières qui mangeaient les enfants égarés ou trop curieux ? C'était la nuit où elles seraient de sortie, la nuit où, peut être agacée de rendre leur pouvoir, elles commettraient une atrocité !

La tentation avait beau être forte de presser le pas pour s'assurer de retrouver au plus vite la sécurité des adultes, chacun fit de son mieux pour rester à l'allure de leur aîné. Exemplaire, la petit silhouette du brun, dix ans, se détachait mal dans l'obscurité mais il était certain qu'il se contrôlait parfaitement. Celui là en était à sa septième et dernière cérémonie : Plemal avait déjà vaincu la peur des premières fois et c'était là l'occasion rêvée de montrer à tous les autres enfants sa valeur. Les adultes aussi verraient à quel point il était capable d'assurer les responsabilités sacrées de cette partie de la cérémonie et considéreraient qu'il n'était peut être plus tout à fait un enfant.

Le petit sang mêlé n'en menait pas si large. Il tenait de source sûre que la plupart des contes de sorcières mangeuses d'enfants étaient vrais. Son œil gauche était brûlé par l'éclat vif de la flamme qu'il portait et son œil habitué à percer l'obscurité ne lui servait presque à rien. Ne restait que l'ouïe. Et combien il entendait ! Les crissements de leurs pas, le bruissement du vent dans les arbres. Les pierres qui roulaient, dérangées par des créatures invisibles. Le pire, c'était les sortes de cris, ou de rires, les éclats de voix déformés qui venaient des adultes, plus haut dans la montée.

Les doigts serrés, son allure était mécanique. Il faillit crier quand le pied Auréa frôla son talon persuadé qu'il s'agissait du début de l'inévitable attaque de sorcières qu'ils devraient repousser. Poussant un profond soupir, il tenta de calmer son cœur aussi excité qu'un banc de poisson dans un filet.

- « Le plus dur est passé. »

Plemal les rassura d'une voix bien trop assurée pour un enfant de son âge. Sallavïn ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Il était... plutôt chétif, comment pouvait-il être si courageux ? Pourtant, leur aîné disait vrai : la végétation dense et obscure du bas de Dagor s'espaçait peu à peu, les arbres étaient ici plus grand, plus solides. Ils avaient éprouvé le vent et résisté aux glissements de terrain des fortes pluies et ne laissaient sous eux que des buissons chétifs ou l'herbe épaisse que les troupeaux de l'île viendraient bientôt déguster.

Sallavïn retrouva son courage, honteux d'avoir imaginé tant de mirages. C'était déjà sa deuxième participation et il ne s'était jamais rien passé de grave. C'est le regard de son père, surtout, qui lui avait inspiré tant de craintes. Difficile de savoir s'il lui avait joué un tour, feintant de craindre pour la vie de son fils, lui qui était aussi prudent que brave... Bien plus énigmatique que sa mère, il était tout à fait capable de telles plaisanteries. Il se justifierait en riant quelque chose du genre « tu as besoin d'avoir peur de temps en temps ».

Une exclamation de joie fut étouffée derrière lui et Sallavïn comprit vite pourquoi : des silhouettes d'adultes se dessinaient nettement dans l'éclat auréolé des lumières magiques. La brise déjà moins froide avait soufflé le brouhaha discret de leurs conversations, mais ils étaient bien là, conversant paisiblement dans la clairière des fée (une terre sacrée efficacement protégée).

Comme chaque année, l'endroit avait été décoré avec un soin mystique particulier : des peintures aux motifs ésotériques, des pierres brillantes, mais également des ossements épars et divers objets sans lien apparent : un filet de pêche, une toupie, un bol en bois laqué, une flûte de plume, etc... Il n'y avait là aucun arbre, seulement une étrange roche de laquelle s'écoulait un mince filet d'eau. Des druides avaient estimé que c'était là l'oeuvre d'une fée et depuis, l'équinoxe de printemps était célébrée à cet endroit, par l'île entière. L'ensemble était baigné dans la lumière des flammes et des lucioles magiques bleutées ou vertes qui virevoltaient entre les spectateurs.

En plus d'une grande partie du village, adultes et enfants qui n'avaient pas été choisis pour la cérémonie (les moins sages, en général), les plus croyant de Pittpab s'étaient même déplacés jusqu'ici pour honorer le renouveau de la vie. Mis à part la shamane et ses deux apprentis, la plupart ne portaient là que leur tenue de tous les jours. Les druides en revanche étaient affublés de leurs bures d'office neutre, mais étaient bariolés de bijoux et coiffes bicolores, destinées à n'offenser aucune cour des fées.

Les conversations s'arrêtèrent tandis que les enfants pénétraient dans la clairière et le trio shamanique entonna un chant guttural, ponctué des claquements du bois sec. Sous cette lumière étrange, l'effet était saisissant, presque effrayant.... Mais ce n'était pas le moment de se dégonfler ! Le plus important pour les enfants, c'était les sept petits monticules, similaires à de hautes fourmilières surmontée d'un trou, disposés en cercle. Chacun alla se placer devant le sien, attendant le signal, la mine grave. C'était l'instant de vérité. D'une certaine manière, beaucoup pensaient jouer leur vie. Sallavïn fixa la terre avec intensité, comme pour y discerner un mouvement fugace.

Puis le chant s'arrêta et chacun planta le bout enflammé de sa torche dans l'orifice prévu. Que les fées de l'hiver emportent cette flamme dans la terre et aillent s'emparer de leur trône à l'autre bout du monde ! Ils enfoncèrent leurs torches profondément, avec une sorte de satisfaction rageuse. Car c'était aussi le moment que les mauvaises fées pourraient choisir pour saisir le bras d'un enfant au passage et l'emporter avec elles, s'il n'avait pas été assez sage.

Rien de tel ne se produisit. Unanimement, les jeunes porteurs de feu poussèrent un soupir de soulagement tandis que les druides entonnaient des chants bien plus joyeux, dans une saccade qui allait crescendo. Ceux qui connaissaient l'air reprirent en choeur, fêtant ensemble l'arrivée des jeunes fées dans les collines.

Les lumières dans la clairière devinrent plus vives, comme excitées par le chant, et une multitude rejoignit bientôt les autres, virevoltantes, clignotantes, se déplaçant d'une manière qui ne pouvait que symboliser joie et vie. Le cœur battant des enfants, unanimement, s'emballa pour une nouvelle raison, la peur transformée en espoir, en joie. Les parents vinrent recueillir leurs bambins, sous le regard bienveillant d'une shaman vieillissantes dont le sourire était figé, comme taillé dans la vieille écorce de son visage. Elle posa la main sur le manche de chaque torche, s'assurant de leur solidité. Dans six lunes, les plus vieux de l'île viendraient chercher le feu à nouveau, pour le ramener dans les foyers cette fois.

Pour le moment et bien ! C'était le moment pour chacun de se retrouver pour discuter de l'évolution du climat, du meilleur moment pour pour s'occuper des semis, éventuellement de la façon dont chacun grandissait et vieillissait.

Des bancs et tables furent dressés en un claquement de doigt, accompagnés des victuailles autorisée sur cette terre. La boisson en revanche, devrait attende le prochain miracle... Sallavïn retrouva la silhouette familière de son père, plus petite que celles des gens d'ici, mais dont l'allure étrangement féline était sans égale. Un clignement d'oeil discret accompagna le geste paternel : un tendre froissement de sa tignasse qui se termina par un doux geste pour ramener ses cheveux derrière ses longues oreilles.


- «  Où est maman ?
- Elle est en chasse...
- Quoi ?!
- Des guenaudes... Mais non andouille ! Elle raccompagne un ancien qui s'est senti mal. Elle sera de retour avant la fin de la cérémonie. »

Voilà le genre de bêtises que son père pouvait lui déclarer avec le flegme elfique d'un chasseur éprouvé. Sallavïn secoua la tête en haussant les yeux au ciel.

- « Tu es rassuré d'être un enfant assez sage pour les fées ?
- Tu dis que les fées ne sont pas sages.
- Non ! Mais certaines aiment garder ce privilège pour elles... Oh ? Ça commence. »

Leurs oreilles frétillèrent en unisson. L'un des miracles de la soirée commençait. L'eau qui gouttait de la roche centrale se mit à bouillonner en un liquide plus épais, jaillissant faiblement comme sous l'effet d'une pression invisible. Des exclamations jaillirent de la foule et chacun se massa sagement autour de la roche pour recueillir « l'eau de la fonte de l'hiver ». Glaciale, minérale, elle n'avait d'autre propriétés que d'être parfaitement pure. Ce soir, l'ivresse de la fête devrait se suffire car l'alcool n'était pas admis pour cette cérémonie.

Entre chants, danses, concours de devinettes et récits druidiques, ils devraient rester éveillé pour toute la nuit. Les enfants et vieillards hochaient la tête avec la même somnolence résignée, les adultes discutaient entre eux de leurs projets futurs et les amants en profitaient pour former leurs alliances secrètes et parfois disparaître un temps...

Ce n'est qu'à l'aube que chacun constaterait s'ils avaient convenablement honoré Flore et les fées du printemps. Cette année comme les autres, tout s'était vraisemblablement déroulé comme il fallait. Car tandis que les fêtards accueillaient l'aube, la prairie fleurit lentement aux couleurs des saisons à venir : le rouge, le rose, l'orange et le jaune furent à l'honneur, s'étendant en mousses, lierres et fleurs de saison sous les exclamations des veilleurs. On prit soin de ne pas cueillir les végétaux ou de marcher dessus, rangeant soigneusement les restes de la fête pour les emporter plus loin où une mule se chargerait de les descendre.

En saluant la shamane qui resterait là pour le reste de la journée, le petit Sallavïn nota le respect mutuel avec lequel la vieille femme et ses parents se saluaient, comme s'ils partageaient une sorte de secret commun. Tout intrigué qu'il fut, le melësse préféra ne rien demander. Les serviteurs des dieux se reconnaissaient peut être entre eux, respectant l'office bien accompli.

26/02/2021 17h23